L’édito

Pourquoi un journal d’art oratoire?

Aujourd’hui la grande majorité des étudiants en droit et en lettres ainsi qu’une part substantielle des étudiants toutes filières confondues ont entendu parler, ont assisté ou ont participé à des concours d’éloquence, à des compétitions de débat ou à des procès fictifs. Les associations d’art oratoire fleurissent dans les universités et en dehors des établissements d’enseignement supérieur, et des entreprises sont créées chaque année dont l’objet est de fournir un service de formation à la prise de parole en public. L’art de parler est donc de plus en plus reconnu comme une discipline incontournable. Il demeure pourtant une science « occulte » : une part trop nombreuse du public en entend parler sans en comprendre le contenu et la portée. C’est pour remédier à cette lacune que la Fédération Francophone de Débat (FFD) met à la disposition d’un public francophone aussi large que celui de son activité, une revue d’art oratoire dont l’objet sera d’expliquer en quoi consiste cet art, quelles sont ses différentes traditions, leurs origines et leur intérêt, tout en donnant chaque mois un aperçu de son activité principalement à l’échelle de la FFD et subsidiairement, à des échelles plus larges. Il s’agira aussi d’utiliser ce canal pour questionner (et à l’occasion réfuter) certaines idées reçues quant à cet art, et de participer à son rayonnement, en France et au-delà de nos frontières. Enfin, l’Exorde aura pour mission de donner accès à ses lecteurs à l’expérience (et à l’expertise) de certains membres et anciens membres de la FFD.

Pourquoi ce titre :Docere, movere, placere (enseigner, émouvoir, plaire). Telle est la devise de l’Exorde. Ce titre a été choisi d’abord parce que le mot « exorde » est un terme particulièrement familier aux adeptes de l’art oratoire. C’est l’un des premiers termes techniques que l’orateur entend quand la structure du discours telle que le conçoit Cicéron lui est enseignée. Il désigne l’introduction du discours, le passage par lequel l’orateur entame sa prestation en se soumettant à l’approbation de son auditoire qui décide, au moment de l’Exorde précisément, s’il entend ou non accorder son attention au discours qui lui est déclamé. Outre l’évocation familière et plaisante d’une notion connue de tous les membres de la communauté oratoire, l’exorde est également ce qui invite le public à écouter et à découvrir. C’est là précisément la vocation du journal de la FFD: inviter le public à découvrir et à mieux comprendre l’art oratoire et la rhétorique. 

Le contenu du journal – À ce titre, le journal proposera chaque mois un contenu doté d’articles à visée didactique permettant au lecteur d’en apprendre davantage sur l’art oratoire. Il contiendra également des articles plus légers, faits d’autodérision pour les orateurs qui aiment rire d’eux-mêmes tout en s’identifiant à certaines anecdotes. Il sera aussi l’occasion pour certains rédacteurs d’exprimer leurs talents : des prestations d’éloquence ou d’argumentaire seront reproduites dans les numéros à l’occasion desquels certains se seront distingués par la qualité de leur plume et de leur réflexion. Enfin, les orateurs et rédacteurs auront dans l’Exorde, une tribune les invitant à partager leurs diverses expériences et réflexions nées à l’occasion de leur activité oratoire. 

Traiter d’art oratoire est-il réservé au grands orateurs ? La réponse à cette question est nécessairement négative, d’abord parce qu’elle implique de distinguer « les grands orateurs » d’un commun des mortels. Or, déterminer ce qu’est un « grand orateur » est aussi présomptueux que de prétendre déterminer arbitrairement ce qui est beau et ce qui ne l’est pas. Reconnaître un tel label à une personne qui aurait gagné un concours d’éloquence serait infondé, car les concours d’éloquence varient d’une école à l’autre : là où certains valorisent des prestations qualifiables de « stand-up », d’autres n’accordent la gloire d’un prix qu’à des discours plus baroques, certains encore sont uniquement des concours de charisme, et récompensent davantage l’adhésion à la personne de l’orateur (son ethos) qu’à son discours. Décider de qui est un grand orateur impliquerait donc de décider à quel organisme de contrôle se référer, or s’il est des pratiques auxquelles la FFD refuse de se livrer, la querelle de chapelles en est une. Peut-être pourrions-nous toutefois reconnaître le titre de « grand orateur » à des personnes qui auraient remporté tous les concours d’éloquence ! Encore une fois cela ne saurait se faire, d’abord parce que de tels profils n’existent pas, ensuite parce que quand bien même ils existeraient, cela reviendrait à reconnaître aux concours d’éloquence la compétence à sanctionner l’aptitude d’une personne à parler d’art oratoire. Or parler d’art oratoire, se donner la peine de s’informer sur la matière, d’observer l’art (et l’observation de cet art ne saurait être d’une maturité pertinente sans qu’il n’y soit consacré de longs mois), de formuler une étude émanant de cette observation et de partager ensuite le résultat de cette étude au grand public, en somme, donner de sa personne dans une très large mesure, est un geste qui relève de l’associatif, et non du compétitif. Aussi les rédacteurs de l’Exorde sont-ils, certes des personnes ayant fréquenter les finales de certains concours, mais ils sont surtout des membres d’associations d’art oratoire, pour certains présents dans le milieu depuis plusieurs années, et qui trouvent leur légitimité à parler d’art oratoire, non pas en tant qu’expert, mais en tant qu’observateurs aguerris. 

Le programme du premier numéro – le premier numéro de l’Exorde met l’éloquence à l’honneur. Cette discipline, membre privilégié du corps de l’art oratoire, est la première au contact de laquelle se trouve le grand public, avant le débat et les procès fictifs. Aussi ce premier numéro contient-il les articles suivants :

  • Qu’est-ce que l’éloquence ? (Ismahane Bestandji)
  • Comment préparer son concours d’éloquence (Rémi Salort)
  • Éloquence et chute de l’égo (Océane Mascaro)
  • De l’art du silence (Marguerite Quadrelli)
  • Ode à un discours– « We shall fight » (Ismael Zniber)
  • Prestations d’éloquence– Mai 2020 (Julie Charpentier-Derouet et Marguerite Quadrelli)
  • Quel orateur es-tu ? (Marguerite Quadrelli)
  • Horoscope oratoire (Marguerite Quadrelli)

Ismahane Bestandji

Add a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *