Grand Oral, ce que la F.F.D propose aux lycéens

Par deux arrêtés du 16 juillet 2018, le baccalauréat a subi une opération chirurgicale à cœur ouvert. De nombreux paramètres ont été tronqués, remodelés, greffés. Parmi ces nouveautés, celle qui retient tout particulièrement notre attention est la mise en place d’un « Grand Oral ».

Jusque-là, les oraux se faisaient rares dans les épreuves du bac. Français (pour la moitié des épreuves), langues vivantes et matières optionnelles, les occasions de relever le défi oratoire se limitaient la plupart du temps à des enseignements à coefficient relativement bas.

Désormais (et les bacheliers 2021 ouvrent le bal cette année), l’oral est de mise dans une épreuve qui ne représente pas moins de 10 % de la moyenne en filière dite « générale » et 14% en filière dite « technologique » (en plus des autres épreuves qui seront évaluées à l’oral, telles que certains enseignements linguistiques). Outre la proportion dans la note finale qui n’est pas négligeable, ce qui rend cet oral si important réside dans son sujet: les lycéens, accoutumés à subir l’oralité dans les matières littéraires ou « subsidiaires » (c’est-à-dire à faible coefficient) devront désormais l’assumer dans leurs matières de spécialité, qui n’ont parfois rien de littéraire.

Or, si l’opportunité de faire parler un élève de Terminale pour évaluer son niveau en langues étrangères pour jauger la fluidité de son phrasé, la qualité de son accent, et la réactivité de sa grammaire, il est néanmoins plus complexe de cerner les attentes d’un jury face à un élève se livrant à un oral de mathématiques.

Qu’attend-on concrètement de ces lycéens qui devront soumettre oralement leurs acquis académiques à évaluation?

La FFD est allée scruter les critères de notation du Grand Oral pour mieux le comprendre, et s’est vivement réjouie d’un constat : ce que l’éducation nationale attend désormais des lycéens, c’est précisément ce que la FFD leur enseigne depuis des années.

Le Grand Oral durera 20 minutes, qui se découpent comme suit :

Le ministère de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports a pris le soin de publier un tableau dans lequel il résume les différents paliers d’adéquation entre la prestation du candidat et ce qui est attendu de lui, qui vont de « très insuffisants » à « très satisfaisant ».

Le « très insuffisant » correspond à l’oral d’un élève qui peine à « se montrer audible », à intéresser son auditoire, pour qui les démarrages sont fastidieux. La syntaxe du pauvre bougre est « mal maîtrisée », ses réponses sont courtes voire inexistantes, et son discours « mal argumenté voire décousu » dénote une compréhension du sujet qui laisse à désirer.

Cet élève ressemble à s’y méprendre au débatteur mal assuré, novice de la prise de parole qui pour son premier débat ne parvient pas à articuler et timbrer son propos jusqu’aux oreilles de l’assistance passé le deuxième rang. Ce même orateur a l’argumentation fébrile : ses idées mal articulées donnent l’impression d’un raisonnement invertébré qui ne parvient pas à se tenir debout et s’effondre chaque fois qu’un coup de vent souffle à l’approche d’une question des adversaires. L’ami peine également à se donner de la contenance quand, en mal de vocabulaire, il recycle les mêmes termes au point donner l’impression qu’il tourne en rond et n’évolue pas dans son propos.

L’ « insuffisant », c’est le lycéen qui, de sa voix « audible et intelligible », propose un énoncé pauvre en profondeur, mais qui à le mérite d’être clair. La maigreur du vocabulaire n’atteint pas encore la famine du candidat précédent, mais il laisse son auditoire sur en disette, avec un lexique encore trop peu varié. Son interaction avec le jury est limitée, ce dernier doit le relancer pour lui sortir les vers du nez, et il manque encore quelques vertèbres à sa démonstration.

Celui-là nous rappelle le débatteur mal engagé qui, trop centré sur sa préparation à laquelle il s’agrippe jalousement, oublie d’écouter ses contradicteurs, et pédale à côté de son vélo au moment de les réfuter, en plus d’éviter à tout prix de prendre leurs questions, pensant ainsi ne pas se voir exiler de sa zone de confort, parsemée de lieux communs.

Le « satisfaisant », franchit le seuil du minimum syndical attendu. Il agrémente sa voix de quelques variations de ton, son propos est assumé. Le vocabulaire est plus souple et s’adapte mieux aux nuances de son raisonnement. Il « répond, contribue et réagit » aux manifestations de son auditoire et sa démonstration s’élève vigoureusement sur un échafaudage argumentatif solide et pertinent.

Celui-ci a fréquenté assidûment les rencontres amicales de débat, et sa méthodologie argumentative bien rodée lui permet de s’adresser plus sereinement à son auditoire. Ses nombreuses lectures et sa pratique régulière du discours ont assoupli son vocabulaire, et l’ont aidé à se départir des lieux communs pour le rendre apte à une argumentation plus nuancée et originale.

Le « très satisfaisant » sortira de son Grand Oral le cœur léger. Sachant manier sa voix de sorte à « soutenir efficacement son discours », il maîtrise sa table de mixage : les variations rythmiques et sonores, les silences, la ponctuation, le regard, n’ont plus aucun secret pour lui. Un lexique riche et précis lui permet de mieux nuancer les subtilités d’un raisonnement pertinent et bien construit. Offrant un discours assumé, il prend l’initiative de l’échange, et saisit astucieusement chaque occasion d’interaction que lui offre la situation. Maîtrisant son sujet, il se l’approprie et propose un raisonnement d’une grande justesse.

Ce débatteur-là gravit les étapes jusqu’à la Coupe de France avec la vigueur du combattant. Attentif aux arguments et interventions de ses adversaires, il leur répond avec efficacité et spontanéité, autant parce qu’il a anticipé leurs questions et arguments que parce qu’il a la réfutation souple et agile. Son propos est frappant par sa justesse et attrayant par la qualité de sa tournure.

Pourtant ce dernier débatteur, pour « très satisfaisant » qu’il est, ne l’a pas nécessairement toujours été. Souvent, il a débuté au bout de la chaîne alimentaire, et loin d’être né orateur, l’est tout-de-même devenu.

C’est l’objectif que se fixe la Fédération Francophone de Débat grâces à ses divers ateliers, intervenant tant sur la forme, avec entre autres des exercices sur la voix, la gestuelle, le rythme, la gestion des émotions, des silences, que sur le fond avec un travail sur la fameuse « chaîne des pourquoi », l’exercice de « conférence de presse » pour se rompre aux questions/réponses, les joutes verbales et bien d’autres.

Atelier « apprendre à apprendre », journée Graine d’orateur, novembre 2017

Cette année, la FFD animera un salon du Grand Oral (dont le descriptif fera l’objet d’un prochain article), au cours duquel elle se fera un plaisir de former les professeurs qui le souhaiteront à la formation des lycéens-orateurs, grâce à ses célèbres ateliers « apprendre à apprendre » qu’elle adaptera à un public dont les qualités pédagogiques ne sont déjà plus à prouver. Lors de ce salon, des ateliers seront également proposés aux lycéens présents qui souhaiteront découvrir les formations que propose chaque mois la FFD dans le cadre de son programme Graine d’Orateur. Avant et après ce salon, les lycées (et collèges!) qui solliciteront l’intervention de la FFD dans leurs locaux à l’occasion de permanences ponctuelles voire régulières se verront envoyer formateurs expérimentés et enthousiastes.

Ce vaste programme est aujourd’hui une évidence pour la FFD, tout simplement parce qu’elle propose déjà cette activité depuis plusieurs années. La formation qu’elle dispense aux lycéens dans le cadre de leur préparation à la Coupe des Lycées est en effet étroitement similaire à celle que leur préparation au Grand Oral nécessite.

Il apparaît au demeurant manifeste qu’un appui comme celui que propose la Fédération n’est pas superflu, et l’on s’en rend aisément compte en recueillant les témoignages des lycéens à qui l’on pose les questions suivantes :

Quelle expérience as-tu de l’oral ?

J’ai déjà pris la parole dans un débat organisé par la FFD dans une permanence du club de débat de mon lycée. Auparavant j’avais fait mon baptême de l’art oratoire aux ateliers des journées Graine d’Orateur. J’y étais allé avec mon meilleur ami. C’est toujours plus facile à deux, on ne se prend pas au sérieux, et on peut rire de nous-même avec l’autre. Sinon, dans le cadre « scolaire », j’avais déjà eu des exercices oraux en classe que ça soit en langues étrangères ou en français.

Que penses-tu que l’on attend de toi dans un oral de mathématiques?

D’après ce que j’ai compris, on me demandera d’être aussi pédagogue que si je m’adressais à des personnes qui n’avaient pas les connaissances mathématiques que j’utilise, mais je ne vois pas vraiment comment on fait pour être « pédagogue » quand on donne une démonstration un peu complexe en maths. En histoire on raconte des évènements, pour être pédagogue, il suffit de donner un plan cohérent et d’y insérer les évènements pertinents, en expliquant leurs incidences sur le cours de l’histoire et sur le monde d’aujourd’hui. En maths c’est compliqué, beaucoup d’étapes deviennent vite très intuitives, on n’y songe plus vraiment en temps réel.

À quoi tu penses que ça sert de faire passer un oral au bac dans des matières comme les maths, la physique-chimie ou l’histoire-géographie? 

Passer un oral dans ces matières, c’est important. C’est vrai que l’on a plus l’habitude de les traiter à l’écrit, il y a tout un mécanisme derrière cette habitude qui est un peu rassurant. Là, les traiter à l’oral va nous permettre d’expliquer aux autres le raisonnement scientifique que l’on établit dans notre tête, c’est intéressant aussi, c’est l’occasion de montrer qu’on a pas appris bêtement un enchaînement de formules qu’on recrache machinalement, mais qu’on a bien compris le raisonnement et qu’on est capable de se l’approprier.

Si tu avais la possibilité de retirer cette nouveauté, tu le ferais? Pourquoi? 

Non je ne retirerais pas cette épreuve. Elle nous entraîne à l’éloquence et à nous exprimer convenablement, et à notre âge, dans ma génération, ce n’est pas du luxe ! Après évidemment, ça me met un peu mal à l’aise de me dire qu’un événement aussi important dans ma scolarité va dépendre en partie d’une compétence que j’ai aussi peu travaillé dans ma vie. J’aurais aimé y être mieux préparé.

Appréhendes-tu l’idée de passer devant un jury à l’oral, pour le bac, et dans des matières qui sont tes spécialités? 

Oui, surtout que c’est pour le bac mais quitte à passer cette épreuve sur des matières un peu complexes et qui pèsent lourd dans la moyenne, j’aime autant que ce soit mes spécialités, vu que par définition, ce sont des matières que j’aime et que j’ai choisi. Ça me rassure dans le sens où j’ai une certaine appétence pour les sujets que je vais traiter.

Comment tu vis le fait d’être la toute première promo à passer le grand oral?

C’est vrai que ça fait un peu peur on est un peu le « crash test » mais je pense que les professeurs vont être indulgents, du moins je l’espère. Et puis c’est aussi une grande nouveauté pour eux, et ils ont probablement conscience de la difficulté que ça va impliquer, vu l’absence de préparation pour ma promotion.

Adam L., Terminale – Lycée de la Vallée de Chevreuse

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